La Corée du Nord détruit le bureau des relations intercoréennes !

La Corée du Nord détruit le bureau des relations intercoréennes !

16 juin 2020 0 Par La rédaction

C’est une fumée, observée depuis la Corée du Sud, qui a donné l’alerte, confirmée peu après par les deux pays : le bâtiment qui abrite depuis deux ans le bureau de liaison intercoréen a été détruit mardi 16 juin par Pyongyang. « Ce symbole était le dernier héritage de la coopération intercoréenne », résume Antoine Bondaz, directeur du programme Corée à la Fondation pour la recherche stratégique.

Ce bureau avait été ouvert en septembre 2018, cinq mois après un premier sommet entre les dirigeants nord-coréen Kim Jong-un et sud-coréen Moon Jae-in. Depuis le regain de tensions observé l’an dernier, le bureau n’abritait plus que quelques réunions. Il avait été fermé aux premiers jours de l’épidémie du Covid-19. Le bâtiment de quatre étages, qui permettait aux fonctionnaires des deux Corées de se rencontrer, se trouvait à Kaesong.

Cette ville nord-coréenne est un autre symbole d’un précédent espoir de réconciliation. Au début du millénaire, des capitaux sud-coréens et 60 000 travailleurs nord-coréens avaient créé dans la ville un tissu d’une centaine d’entreprises du textile et d’électronique de base. En 2016, la présidente sud-coréenne Park Geun-hye décidait de fermer la zone industrielle en représailles d’un quatrième essai nucléaire nord-coréen.

Montée en puissance de la sœur de Kim Jong-un

Ce week-end, Kim Yo-jong, sœur cadette du dirigeant nord-coréen, avait clairement averti : « Dans peu de temps, l’inutile bureau de liaison entre le Nord et le Sud sera complètement détruit au cours d’une scène tragique. » C’est là un signe destiné à la scène politique intérieure. La spécialiste de la péninsule Juliette Morillot (1) rappelle que « Kim Yo-jong est au premier plan depuis quelques mois. Il s’agit de la légitimer, de l’inscrire dans la succession, de montrer que Kim Jong-un lui fait confiance ».

Sur le terrain diplomatique, Pyongyang cherche à provoquer une crise avec Séoul au moment où les négociations sur le nucléaire avec Washington sont à l’arrêt. Depuis début juin, Pyongyang multiplie les attaques contre son voisin, notamment contre les transfuges nord-coréens qui, depuis le Sud, envoient au Nord des tracts de propagande par-delà la zone démilitarisée.

« La Corée du Sud est un bouc émissaire idéal »

La destruction du symbole de Kaesong est aussi à prendre comme un signal de la déception nord-coréenne devant l’échec du rôle de facilitateur que le président sud-coréen a joué depuis 2018 entre la Corée du Nord et les États-Unis. « La Corée du Sud est un bouc émissaire idéal. Pyongyang considère que le président Moon Jae-in n’a plus de rôle utile à jouer dans le rapprochement avec Washington. La Corée du Nord estime aussi que son voisin restera conciliant face à ses déclarations belliqueuses », souligne Antoine Bondaz. La veille de la destruction du bureau, le président sud-coréen avait exhorté le Nord à ne pas laisser « la fenêtre du dialogue se refermer ».

Juliette Morillot estime que cette agression est « un signal envoyé à Washington en vue des élections américaines de novembre ». Reste à savoir ce que Pyongyang souhaite avec ces élections. « Donald Trump est le moins mauvais des présidents pour Kim Jong-un », assure Antoine Bondaz. En attendant, le 16 juin, l’armée nord-coréenne s’est déclarée « totalement prête » à agir contre la Corée du Sud.

Source: La Croix

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